Cultiver le dahlia : l’essentiel

Cultiver le dahlia : l’essentiel

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Sur l’étiquette, c’est écrit « sachet de bulbes de dahlia ». C’est déjà un petit raccourci. Ce que tu tiens dans ce sachet, ce ne sont pas des bulbes mais des tubercules : de grosses racines charnues, un peu comme des patates allongées, reliées par un collet d’où sortiront les tiges. Bulbe ou tubercule, peu importe le mot au fond. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait. Et là, bonne nouvelle : le dahlia est une des fleurs les plus généreuses que j’aie vues passer au rayon. Tu plantes tes bulbes de dahlia au printemps, ça fleurit de juillet aux premières gelées, et un seul pied te donne des brassées de couleurs.

Je ne suis ni botaniste ni productrice. J’ai juste écoulé des palettes entières de ces tubercules chaque printemps, et j’en ai planté pas mal sur mon balcon et au jardin partagé. Voici l’essentiel pour partir d’un sachet et finir avec un massif qui déborde, sans y laisser une fortune.

Bulbes ou tubercules : ce qu’on achète vraiment

Au rayon, les gens attrapaient le sachet, le retournaient, et me demandaient si « ces trucs-là » étaient encore vivants. Oui. Un tubercule de dahlia sec et un peu fripé, c’est normal, il dort. Ce qui compte, c’est qu’il soit ferme, sans moisissure et sans pourriture molle. Le sachet indique en général le calibre : plus le calibre est gros, plus la touffe démarrera vite et fort la première année. Un sachet de bulbes de bon calibre coûte entre 4 et 8 euros pour une à trois griffes selon la variété, ce qui reste raisonnable pour une plante vivace qui revient chaque année si on la garde au chaud l’hiver.

Petit conseil que je donnais toujours : les variétés stars partent vite. Chaque printemps, les plus belles finissaient marquées « indisponible » avant même mi-avril, et il ne restait plus que les fonds de bac. Si tu commandes en ligne, jette un œil aux avis, aux reviews des acheteurs sur la reprise réelle des tubercules, et vérifie que les tubercules de dahlia sont bien disponibles au moment de valider ton panier plutôt que sur liste d’attente.

Choisir ses dahlias dans l’éventail des couleurs

Le choix est vertigineux, c’est là que les gens se perdaient. Pour s’y retrouver, je les rangeais par silhouette plutôt que par couleur. Les dahlias nains montent à quarante centimètres, parfaits en pot ou en bordure sur un balcon. Les dahlias décoratifs, plus hauts, portent ces grosses fleurs rondes et pleines qu’on voit dans les concours. Les dahlias cactus, eux, ont des pétales roulés en pointe, un peu échevelés, très graphiques. Et entre les deux, tout un éventail de dahlias aux couleurs franches ou tendres.

Ma chouchoute, et celle qui déclenchait le plus de « c’est laquelle, celle-là ? » : le dahlia décoratif Café au Lait, un décoratif café-lait aux teintes crème rosé poudré, magnifique en vrai et introuvable la moitié du temps tant il est demandé. Si tu le trouves disponible, prends-le. Pour du sûr et du costaud côté couleur, les dahlias nains en mélange font le job pour trois fois rien.

Le dahlia, on me l’a raconté au rayon, nous vient du Nouveau Monde, du Mexique, où Francisco Hernández de Toledo l’avait décrit avant qu’il ne rejoigne le jardin botanique de Madrid, en Espagne, puis la France. Et non, tu ne le verras pas au Keukenhof au printemps : c’est une fleur d’été, elle arrive quand les tulipes sont finies depuis longtemps.

Planter les bulbes de dahlia au bon moment

La saison, c’est tout le secret. Le dahlia déteste le froid, une gelée tardive grille les jeunes pousses net. Chez moi, à Lyon, j’attends la mi-avril, parfois début mai, quand la terre s’est réchauffée et que les Saints de glace sont passés. Dans le sud on peut y aller plus tôt, plus au nord on patiente.

Je choisis un coin en plein soleil, six heures par jour au minimum, c’est là que le dahlia donne tout. Je creuse un trou d’une bonne dizaine de centimètres, je couche le tubercule à plat, le collet et les petits bourgeons vers le haut, et je recouvre de terre. Un sol riche et bien drainé lui va très bien : s’il est lourd, j’ajoute du compost et un peu de sable pour que l’eau ne stagne pas, parce qu’un tubercule qui baigne pourrit. Pour les variétés hautes, je plante le tuteur tout de suite, dans le même trou. Le planter après, c’est risquer de transpercer le tubercule, je l’ai fait, on ne m’y reprend plus.

Ensuite, patience. J’arrose légèrement à la plantation, puis presque plus tant que rien ne sort. Un tubercule arrosé à fond alors qu’il n’a pas encore de racines, c’est le meilleur moyen de le faire pourrir avant même qu’il ait démarré.

Arroser, tuteurer, supprimer les fleurs fanées

Une fois le feuillage bien parti, le dahlia boit. En plein été, j’arrose au pied deux à trois fois par semaine s’il ne pleut pas, généreusement, jamais sur les feuilles pour ne pas inviter les maladies. Les tiges des grandes variétés sont creuses et cassantes : je les attache au tuteur avec un lien souple au fur et à mesure qu’elles montent, sinon le premier orage me les couche.

Le geste qui change tout pour la floraison, c’est de supprimer les fleurs fanées. Dès qu’une fleur passe, je la coupe au-dessus d’une paire de feuilles. Tant que le pied ne monte pas en graines, il refait des boutons, et il en refait, jusqu’aux gelées. Un dahlia qu’on ne nettoie jamais s’essouffle et referme sa saison bien plus tôt. Cinq minutes le week-end avec un sécateur, et la touffe reste couverte de fleurs de juillet à octobre.

Côté nourriture, un peu de compost au pied au printemps suffit largement. Sur les limaces qui adorent les jeunes pousses, ou tout traitement au-delà du ramassage à la main le soir, je préfère renvoyer aux fiches de la SNHF plutôt que de te prescrire quoi que ce soit. Les tubercules sont peu concernés par les problèmes de toxicité, mais en cas de doute avec un enfant ou un animal, le réflexe reste le Centre antipoison ou l’ANSES.

Le dahlia, roi des bouquets

Si tu aimes couper des fleurs pour la maison, le dahlia est fait pour ça. Plus tu coupes, plus il refleurit, c’est la plante idéale pour des bouquets sans culpabiliser. Je cueille le matin tôt, quand la fleur vient tout juste de s’ouvrir, je plonge les tiges dans l’eau dans la foulée. En vase, l’eau se trouble vite avec les tiges creuses, alors je la change tous les deux jours et je recoupe le bout. Des bouquets de dahlias tiennent alors une bonne semaine, et une rangée de dahlias au potager, c’est de quoi offrir un bouquet à toutes les voisines tout l’été.

Rentrer les tubercules l’hiver : le geste gratuit

C’est là que le dahlia devient économique. En pleine terre, sous nos hivers, le tubercule gèle et meurt. Mais si tu le rentres, tu le replantes l’année suivante, et il aura grossi. Après les premières gelées qui noircissent le feuillage, je coupe les tiges à dix centimètres, je sors la touffe à la fourche-bêche, je secoue la terre et je laisse sécher quelques jours à l’abri. Ensuite, direction une cagette de sable sec ou de tourbe, dans un local hors gel, cave ou garage, jusqu’au printemps.

Un tubercule bien conservé se divise même en plusieurs griffes au printemps, chacune donnant un nouveau pied. Autrement dit, un sachet acheté une fois peut habiller un massif entier au bout de deux ou trois ans, sans jamais repasser en caisse. C’est comme ça que j’ai rempli ma bordure au jardin partagé, une division après l’autre. Un dahlia, ça se garde, ça se multiplie et ça se partage : difficile de faire plus rentable au mètre carré fleuri.

Sarah Belmonte

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