Cultiver la passiflore : l’essentiel

Cultiver la passiflore : l’essentiel

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La passiflore est une plante grimpante qui pousse vite, s’accroche seule à un support et te sort ces fleurs bleu-violet en étoile qu’on reconnaît entre mille. Tu la plantes au soleil, dans un sol drainé, tu lui donnes un grillage ou un treillage, et elle grimpe. Voilà l’essentiel. Le reste de l’article, c’est pour que ça tienne dans le temps, parce que chez moi, sur mon balcon lyonnais, j’en ai fait mourir une avant de comprendre qu’elle n’aimait pas ses pieds dans l’eau.

Le genre Passiflora rassemble des centaines d’espèces, la plupart venues des régions chaudes et tropicales d’Amérique. Le nom vient des missionnaires espagnols qui voyaient dans la fleur les symboles de la Passion du Christ : la couronne d’épines dans la couronne de filaments, les clous dans les étamines. D’où « fleur de la passion », qui n’a rien à voir avec l’amour, contrairement à ce qu’on me sortait au rayon.

Quelle passiflore choisir

Tout dépend de ton climat. La plus répandue en jardinerie, celle que tu croiseras neuf fois sur dix, c’est Passiflora caerulea, la passiflore bleue. C’est la plus rustique, la plus tolérante, celle que je conseille pour débuter. Comptez 12 à 20 € le pot d’un litre ou deux selon la taille.

Après, il y a du choix. Passiflora incarnata, plus discrète de fleur mais très résistante au froid, qui repart de la souche même après un hiver rude. Passiflora violacea, aux teintes plus pourpres. Et les capricieuses, celles que je réserve aux serres ou aux vérandas : Passiflora antioquiensis avec ses grandes fleurs roses pendantes, ou les cultivars comme la passiflore Lavender Lady, jolie mais frileuse. Si tu vises les fruits, c’est encore autre chose, on y revient plus bas.

Un mot sur le feuillage. La passiflore caerulea garde ses feuilles en hiver dans les régions douces, feuillage semi-persistant à persistant selon le froid. Plus au nord ou en altitude, elle perd tout et redémarre au printemps. Ça surprend la première année, mais c’est normal.

Où l’installer

Le soleil, d’abord. La passiflore fleurit d’autant mieux qu’elle en reçoit. Un mur exposé sud ou ouest, une rambarde de balcon bien éclairée, c’est l’idéal. À la mi-ombre elle vit, mais la floraison se fait plus timide. Sur l’emplacement soleil ou ombre, ne cherche pas midi à quatorze heures : plus il y a de lumière, plus il y a de fleurs.

Le sol ensuite, et c’est là que ça se joue. Elle veut un sol drainé. Une terre lourde qui garde l’eau après la pluie, c’est le meilleur moyen de faire pourrir les racines. En pleine terre, si ton coin est argileux, allège avec du sable grossier et du compost. En pot, un bon terreau universel mélangé à une poignée de billes d’argile ou de gravier au fond, et tu es tranquille.

Enfin le support. C’est une grimpante, elle s’accroche par des vrilles, ces petits ressorts verts qui s’enroulent tout seuls. Donne-lui un treillage, un grillage à mailles, des fils tendus. Contre un mur nu et lisse, elle n’a rien à quoi se tenir et retombe. Les plantes grimpantes ont besoin qu’on leur tende la main les premières semaines : je guide moi-même les tiges vers le support au début, après elle se débrouille.

La plantation, pas à pas

Le meilleur moment, c’est le printemps après les dernières gelées, en avril-mai chez moi. On peut aussi planter en début d’automne dans le Sud, quand la chaleur retombe. J’évite le plein été, la reprise est plus dure quand il fait 35 °C.

Pour la plantation, creuse un trou deux fois plus large que la motte. Trempe le pot dans une bassine d’eau dix minutes avant, ça réhydrate les racines et elles reprennent mieux. Installe la motte au niveau du sol, rebouche, tasse doucement, arrose copieusement pour chasser les poches d’air. Un paillage au pied, quelques centimètres de broyat ou de feuilles mortes, garde la fraîcheur en été et protège la souche en hiver.

En pot sur un balcon, prends large : un contenant de 30 à 40 cm de diamètre minimum, percé au fond. Une passiflore à l’étroit dans un petit pot boude et jaunit. Je rempote la mienne tous les deux ou trois ans dans plus grand, au printemps.

Fleurs et fruits

La floraison s’étale de juin aux premières gelées, avec un pic en plein été. Chaque fleur ne dure qu’un jour ou deux, mais la plante en produit tellement, à la chaîne, que l’effet est continu pendant des mois. C’est ce qui me fait aimer cette plante : elle donne sans compter une fois installée.

Côté fruits, il faut être clair, parce qu’on me pose souvent la question. La passiflore caerulea produit des fruits oranges, mais fades et sans intérêt gustatif. Le vrai fruit de la passion, celui qu’on mange, c’est celui de Passiflora edulis, une espèce frileuse qui a besoin de chaleur pour donner. Si tu rêves de récolter tes fruits comestibles, c’est vers l’edulis qu’il faut aller, en véranda ou en climat très doux. Sous un climat de la moitié nord de la France, tu auras les fleurs, rarement les fruits sucrés. Ne te fie pas aux photos de fruits comestibles sur les étiquettes de caerulea, c’est un raccourci commercial.

Petite prudence utile : certaines parties de la passiflore, feuilles et fruits verts selon l’espèce, peuvent être toxiques. Si tu as des enfants ou des animaux qui grignotent tout, ne laisse pas traîner et vérifie auprès du Centre antipoison ou de l’ANSES avant de goûter quoi que ce soit. Je préfère te renvoyer à ces sources officielles qu’inventer une règle sur ce qui se mange ou pas.

On associe aussi Passiflora incarnata au sommeil, en phytothérapie. Là encore, ce n’est pas mon domaine et je ne te dirai pas de t’en faire une tisane du soir : renseigne-toi auprès d’un professionnel de santé ou de sources sérieuses, pas d’un article de jardinage.

Taille et entretien

La taille se fait en fin d’hiver ou tout début de printemps, avant que ça redémarre. Une passiflore laissée libre devient vite un fouillis inextricable. Je rabats les tiges de moitié ou plus, je coupe le bois mort et les branches enchevêtrées. N’aie pas peur, elle repousse avec vigueur, la taille stimule même la floraison de l’année.

L’arrosage, régulier la première année le temps de l’installer, puis modéré. En pleine terre, une plante bien enracinée se débrouille presque seule sauf grosse canicule. En pot, c’est plus surveillé : je laisse sécher le dessus du terreau entre deux arrosages, jamais de coupelle pleine d’eau qui stagne. Un peu d’engrais pour plantes fleuries de mai à août, tous les quinze jours en pot, aide à tenir la cadence de floraison.

Pour l’hiver, tout dépend de l’espèce. La caerulea et l’incarnata tiennent le froid, surtout paillées au pied ; même si le haut gèle, la souche repart. En pot, rentre la plante ou colle-la contre un mur abrité et emballe le contenant. Les passiflores résistantes au froid sont plus tolérantes qu’on ne croit, mais un pot gelé de part en part, ça ne pardonne pas.

Pour finir

Une passiflore, ça demande peu : du soleil, un sol qui ne retient pas l’eau, un support et une taille annuelle. En échange elle couvre un mur, une clôture ou un coin de balcon en une saison ou deux, avec ces fleurs impossibles à confondre. Choisis une caerulea pour un premier essai, plante-la ce printemps, et laisse-la faire. Tu m’en diras des nouvelles l’été prochain.

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